Vous cherchez à multiplier vos géraniums sans passer par la case jardinerie ? La bouture est la technique qui va vous simplifier la vie. Simple, économique et étonnamment fiable, elle permet de reproduire vos variétés préférées avec un taux de réussite qui tourne autour de 80 à 90 % quand on respecte quelques règles de base. Pas besoin d’être expert : une tige saine, un substrat léger et un peu de patience suffisent.
Le vrai géranium de nos balcons est en réalité un pélargonium, une plante sud-africaine qui se bouture remarquablement bien. Contrairement aux semis qui demandent du temps et ne reproduisent pas toujours fidèlement les caractéristiques de la plante mère, la bouture vous garantit un clone exact. Idéal pour conserver cette variété au feuillage panaché ou cette couleur de fleur impossible à retrouver ailleurs.
Bon à savoir
Sur 10 boutures de géranium prélevées en août dans de bonnes conditions, vous pouvez raisonnablement espérer 8 à 9 reprises. C’est l’une des boutures herbacées les plus accessibles au jardinier amateur.
Quand bouturer un géranium ?
La période fait toute la différence. Privilégiez la fin d’été, entre juillet et fin septembre, avec un pic de réussite en août. À cette saison, les températures oscillent autour de 20 °C, la plante est en pleine croissance et les tissus sont parfaitement matures pour la multiplication. Les boutures prélevées tôt le matin, quand les tiges sont gorgées d’eau, partent avec un avantage certain.
Vous pouvez aussi tenter l’opération au printemps, en avril ou mai, au moment où la végétation redémarre. Les résultats sont légèrement inférieurs à ceux de l’été, mais cette fenêtre reste intéressante si vous avez conservé un pied mère en intérieur pendant l’hiver. Évitez en revanche les périodes de gel ou de grosse chaleur : le stress hydrique compromet l’enracinement.
Matériel nécessaire pour la bouture de géranium
Inutile de vous équiper comme un professionnel. Voici ce qu’il vous faut réellement :
- Un sécateur bien aiguisé et désinfecté à l’alcool (coupes nettes obligatoires)
- Des godets ou petits pots de 8 à 10 cm de diamètre
- Un terreau spécial semis ou un mélange de terreau universel et de sable à parts égales (substrat léger et drainant)
- De l’hormone de bouturage en poudre (facultatif mais recommandé pour accélérer l’enracinement)
- Un pulvérisateur pour maintenir l’humidité
L’hormone de bouturage n’est pas indispensable sur le pélargonium, qui racine facilement, mais elle augmente sensiblement le taux de réussite et réduit le délai d’enracinement de quelques jours. On la trouve en jardinerie pour quelques euros, et un flacon dure plusieurs saisons.
Comment bouturer un géranium : étapes détaillées

Sélectionner et prélever la tige
Choisissez une tige saine, non fleurie, d’une dizaine de centimètres de longueur. Elle doit être ferme, verte, sans trace de maladie ni de dessèchement. Repérez un segment comportant au moins 2 à 3 nœuds : ce sont ces points de jonction entre la tige et les feuilles qui émettront les racines.
Coupez juste sous un nœud, en biseau, avec votre sécateur propre. Cette coupe oblique augmente la surface de contact avec le substrat et favorise l’absorption d’eau. Évitez les tiges trop tendres (elles pourrissent) ou trop lignifiées (elles peinent à raciner). Visez le juste milieu, une tige semi-aoûtée, typique du mois d’août.
Préparer la bouture
Supprimez toutes les feuilles basales sur les deux tiers inférieurs de la tige. Ne conservez que 2 à 3 feuilles au sommet, en les coupant de moitié si elles sont très grandes. Ce geste limite la transpiration et dirige l’énergie de la plante vers la production de racines plutôt que vers le maintien du feuillage.
Trempez légèrement la base de la bouture dans l’hormone de bouturage en poudre, puis tapotez pour éliminer l’excédent. Si vous n’en avez pas, passez directement à l’étape suivante : le géranium n’en a pas besoin pour réussir, c’est juste un coup de pouce.
Plantation et enracinement
Remplissez vos godets de substrat légèrement humidifié. Avec un crayon, faites un trou de 3 à 4 cm de profondeur, insérez la bouture et tassez délicatement autour pour assurer un bon contact terre-tige. Arrosez en douceur, sans détremper, pour plaquer le substrat contre la base de la bouture.
Placez les godets à la lumière vive, mais sans soleil direct brûlant. Une température autour de 18 à 22 °C est idéale. Maintenez le substrat frais, jamais détrempé : un excès d’eau fait pourrir les tiges. Un voile de forçage ou un sac plastique transparent posé sur les boutures crée une mini-serre et maintient l’humidité, mais aérez tous les deux jours pour éviter les moisissures.
L’enracinement prend généralement 3 à 4 semaines. Vous saurez que c’est bon quand de nouvelles feuilles apparaissent au sommet et que la bouture résiste légèrement à une traction douce. À ce stade, le système racinaire est suffisamment développé pour envisager le repiquage.
Quand et comment repiquer les boutures ?
Attendez que les racines sortent légèrement par les trous de drainage du godet avant de rempoter. Préparez un pot de 12 à 15 cm rempli d’un terreau pour géraniums enrichi en engrais. Dépotez délicatement la motte sans casser les jeunes racines, installez-la au centre du nouveau contenant et comblez avec du terreau frais.
Arrosez copieusement après le rempotage pour éliminer les poches d’air. Si vous bouturez en été, les jeunes plants peuvent passer le reste de la belle saison dehors, à l’abri du vent. Si vous bouturez en septembre, prévoyez un hivernage au frais (8 à 12 °C) et à la lumière : une véranda non chauffée ou une pièce fraîche font l’affaire. Réduisez alors les arrosages au strict minimum pour maintenir la plante en dormance.
Astuces pour réussir vos boutures de géranium
Vous hésitez entre substrat et eau ? La bouture dans l’eau fonctionne parfaitement sur le pélargonium ; voyez aussi nos conseils pour les boutures de bégonia. Placez simplement la tige préparée dans un verre d’eau, changez l’eau tous les 3 jours, et attendez l’apparition de racines blanches de 2 à 3 cm avant de planter en godet. Cette méthode permet de surveiller l’enracinement en direct, mais les racines aquatiques mettent ensuite quelques jours à s’adapter au terreau.
Pour multiplier les chances, prélevez toujours plusieurs boutures d’un coup. Même avec un bon taux de réussite, quelques-unes peuvent échouer. Mieux vaut avoir 3 à 4 plants de secours que de regretter une seule tige récalcitrante.
Astuce pro
Bouturez aussi vos géraniums vivaces (vrais Geranium botaniques) en fin d’été. Même méthode, mais ils apprécient davantage la mi-ombre et un substrat encore plus drainant. Pensez à pincer les apex des jeunes plants au printemps suivant pour favoriser la ramification.
Surveillez l’apparition de feuilles jaunes ou de tiges molles : signe d’un arrosage excessif ou d’une mauvaise circulation de l’air. Réduisez l’humidité et augmentez l’aération. À l’inverse, des feuilles qui se flétrissent rapidement indiquent un substrat trop sec. L’équilibre hydrique est la clé, surtout les deux premières semaines.
Au printemps suivant, vos boutures de géranium seront prêtes à rejoindre les jardinières, armées du même patrimoine génétique que la plante mère. Vous aurez multiplié vos plants sans débourser un euro, tout en conservant les variétés qui vous plaisent. Une satisfaction de jardinier qui vaut tous les catalogues du monde.