Le pothos (Epipremnum aureum), aussi appelé scindapsus, fait partie des plantes d’intérieur les plus généreuses quand vient le temps de les multiplier. Vous avez une plante qui commence à prendre de l’ampleur ? Quelques tiges bien placées suffisent pour créer de nouveaux pots, à garder ou à offrir. La technique du bouturage en eau reste la plus accessible et la plus visuelle, surtout quand on débute.
Ce qui rend le pothos si facile à bouturer, c’est sa capacité naturelle à produire des racines aériennes le long de ses tiges. Ces petites protubérances brunes que vous apercevez aux nœuds ne demandent qu’un peu d’eau pour se transformer en véritables racines fonctionnelles. En quelques semaines, vous obtenez une nouvelle plante autonome.
Pourquoi et quand bouturer un pothos ?
Bouturer votre pothos présente plusieurs avantages pratiques. D’abord, ça permet de rajeunir une plante mère qui commence à se dégarnir à la base, un phénomène fréquent avec les années. Ensuite, c’est une façon économique de multiplier vos plants sans dépenser un sou. Beaucoup de gens bouturent aussi pour partager : un pot de jeunes pothos fait toujours un cadeau apprécié.
Le printemps et le début de l’été représentent la période idéale pour prélever vos boutures. La plante est en pleine croissance, la luminosité augmente naturellement, et les tiges ont une vitalité qui favorise un enracinement rapide. Cela dit, le pothos est tellement accommodant qu’il est possible de réussir des boutures presque toute l’année, tant que la plante mère reste en bonne santé et que l’environnement intérieur demeure stable.
Bon à savoir
Les nœuds du pothos produisent à la fois des racines et de nouvelles feuilles. Une bouture sans nœud ne s’enracinera jamais, peu importe la durée d’attente. Vérifiez toujours la présence d’au moins un nœud avant de couper.
Bouturage en eau : méthode pas à pas
Prélever et préparer les boutures
Commencez par identifier sur votre plante mère des tiges saines, bien vertes, qui portent plusieurs feuilles. Chaque bouture devrait mesurer entre 10 et 15 cm de longueur. L’élément non négociable : la présence d’au moins un nœud, ce renflement visible sur la tige d’où partent les feuilles et les racines aériennes. Idéalement, visez deux ou trois nœuds par bouture pour maximiser vos chances.
Utilisez un sécateur propre et bien aiguisé, ou un couteau désinfecté à l’alcool. Coupez juste en dessous d’un nœud, en biseau si possible pour augmenter la surface d’absorption. Retirez les feuilles du bas qui risqueraient de tremper dans l’eau : elles pourriraient et contamineraient le milieu. Gardez deux à quatre feuilles au sommet de chaque tige, pas plus. Si une feuille est abîmée, retirez-la.
Certains préfèrent couper une longue tige et la diviser en plusieurs tronçons. C’est tout à fait possible, tant que chaque segment possède son nœud et ses feuilles. Vous pouvez ainsi obtenir trois ou quatre boutures à partir d’une seule tige généreuse.
Mise en eau et entretien
Choisissez un récipient transparent : verre, bocal, vase étroit. La transparence permet de surveiller l’évolution des racines et l’état de l’eau. Remplissez-le d’eau à température ambiante, idéalement déchlorée (laissez reposer l’eau du robinet 24 heures avant utilisation, ou utilisez de l’eau de pluie filtrée).
Plongez les boutures de façon à ce que les nœuds soient bien immergés, mais en gardant le feuillage hors de l’eau. Si plusieurs boutures partagent le même contenant, évitez de trop les serrer. Un verre d’eau peut accueillir deux ou trois tiges sans problème, pas davantage.
Placez le récipient dans un endroit lumineux, mais jamais en plein soleil. Une lumière indirecte vive convient parfaitement : près d’une fenêtre orientée est ou nord, ou à quelques mètres d’une fenêtre sud tamisée par un rideau. Le soleil direct brûle les jeunes feuilles et réchauffe l’eau, ce qui favorise les bactéries.
Le changement d’eau est primordial. Renouvelez l’eau tous les trois à cinq jours pour limiter le développement de bactéries et de moisissures. Profitez-en pour rincer légèrement les tiges et inspecter les nœuds. Si vous constatez un début de pourriture (tige molle, eau trouble, odeur), coupez la partie abîmée et remettez en eau propre.
Ne tuez plus jamais
vos plantes.
Tout sur votre Pothos — identifiez, soignez et entretenez comme un pro.
Les premières racines blanches apparaissent généralement au bout d’une semaine, parfois deux selon la saison et la vitalité de la plante mère. Elles vont s’allonger progressivement, formant un réseau de plus en plus dense. Comptez trois à cinq semaines pour obtenir un système racinaire exploitable, soit des racines de 3 à 5 cm de longueur.
Rempotage en terre
Une fois les racines bien développées, vous pouvez transplanter vos boutures en terre. Ne tardez pas trop : des racines trop longues s’adaptent mal au substrat et cassent facilement lors de la manipulation. Le moment idéal se situe quand les racines mesurent entre 3 et 5 cm.
Préparez un petit pot (8 à 10 cm de diamètre suffit pour une ou deux boutures) avec un substrat léger et drainant : un mélange universel pour plantes d’intérieur additionné d’un peu de perlite fonctionne bien. Faites un trou au centre, glissez délicatement les racines sans les forcer, puis tassez légèrement autour de la tige.
Arrosez modérément juste après le rempotage pour tasser le substrat et éliminer les poches d’air. Les jours suivants, maintenez le terreau légèrement humide (pas détrempé) pour faciliter la transition. Les racines formées dans l’eau ont besoin de quelques semaines pour s’habituer au substrat et développer des racines adaptées au milieu terreux.
Évitez les changements brutaux : gardez la jeune plante dans les mêmes conditions de lumière que pendant l’enracinement. Une fois qu’elle commence à produire de nouvelles feuilles, vous pouvez progressivement espacer les arrosages et la traiter comme un pothos adulte.
Autres méthodes de bouturage

Le bouturage en eau reste la technique favorite, mais d’autres approches, comme pour la bouture de dracaena, fonctionnent aussi très bien avec l’epipremnum. Le bouturage direct en terre évite l’étape intermédiaire du rempotage : vous plantez directement vos tiges préparées dans un terreau humide, en veillant à maintenir une humidité constante les premières semaines. Cette méthode produit d’emblée des racines adaptées au substrat, mais vous ne voyez pas leur développement.
La sphaigne, cette mousse naturelle très absorbante, offre un compromis intéressant. Humidifiez la sphaigne, placez-y vos boutures en veillant à ce que les nœuds soient bien en contact, puis maintenez le tout humide. L’enracinement se fait aussi vite qu’en eau, avec moins de risques de pourriture. Vous pouvez ensuite rempoter directement en terre.
Le marcottage aérien convient surtout aux tiges longues que vous souhaitez garder attachées à la plante mère pendant l’enracinement. Enroulez un peu de sphaigne humide autour d’un nœud, maintenez avec du film plastique, et attendez que les racines se forment avant de couper. C’est une technique plus rarement utilisée pour le pothos, mais qui fonctionne si vous voulez sécuriser au maximum la reprise.
Conseils pour réussir vos boutures de pothos
Quelques ajustements simples augmentent significativement vos chances de succès. Prélevez toujours vos boutures sur une plante mère vigoureuse et bien hydratée. Une plante stressée, sèche ou malade produira des boutures fragiles qui peinent à s’enraciner.
La température ambiante joue un rôle discret mais réel. Une pièce chauffée entre 18 et 24 °C favorise un enracinement rapide. En dessous de 15 °C, le processus ralentit, voire s’arrête. Évitez les courants d’air froid près d’une porte ou d’une fenêtre mal isolée.
Ne tuez plus jamais
vos plantes.
Tout sur votre Pothos — identifiez, soignez et entretenez comme un pro.
Problème courant
Votre bouture noircit à la base ? C’est un signe de pourriture bactérienne. Retirez-la immédiatement de l’eau, coupez la partie abîmée au-dessus du nœud suivant, désinfectez votre outil, et recommencez dans une eau fraîche et un récipient propre.
Si les racines stagnent après trois semaines, plusieurs facteurs peuvent être en cause : manque de lumière, eau trop froide, absence de nœud fonctionnel. Déplacez le récipient vers un endroit plus lumineux, changez l’eau pour une eau à température ambiante, et vérifiez que le nœud est bien immergé. Vous pouvez aussi ajouter une goutte d’engrais liquide très dilué pour stimuler l’enracinement, mais ce n’est pas obligatoire.
Enfin, soyez patient avec les variétés panachées (pothos doré, ‘Marble Queen’, ‘N’Joy’). Leurs tiges contiennent moins de chlorophylle, ce qui ralentit parfois l’enracinement. Elles restent tout à fait bouturables, mais demandent une ou deux semaines supplémentaires.
Le bouturage du pothos reste l’une des multiplications les plus gratifiantes pour qui débute avec les plantes d’intérieur. Peu de matériel, des résultats visibles rapidement, et une marge d’erreur très confortable. Après quelques essais, vous développerez vos propres repères et votre collection s’étoffera sans effort particulier.